Projet Hong-Kong Star

Le temps d’une « douzologie », quelques joyeux films de Hong-Kong s’en vont parasiter nos bons vieux Bons baisers de Hong-Kong des Charlots (Yvan Chiffre, 1975). Résumé de cette bêtise : « Deux membres des Charlots, Jean-Guy et Gérard « Joli coeur » sont en mission secrète pour la France. En partant, guillerets, pour Hong-Kong, ils ne se doutent pas des nombreuses péripéties qui les attendent… »

Hong-Kong Star, épisode 01 : Deux Charlots à HK

Les Charlots arrivent à Hong Kong. Dans ce petit épisode je me rends compte qu’il est plus facile de trouver des scènes d’avions qui atterrissent que des poursuites en voiture avec des taxis rouges. Grosse frustration : notre bon vieux Taxi Hunter est non exploitable parce que les acteurs y exécutèrent leurs propres cascades en gros plan. Fichtre !

Hong-Kong Star, épisode 02 : Charlots vs SDU

Joyeux Léon (Zitrone) ! Je félicite bien bas la masse de policiers de HK régulièrement en mouvement dans ce cinéma-là. Peu discrète mais efficace, la police, dans ces scènes dont Kirk Wong s’était fait une jolie spécialité.

Hong-Kong Star, épisode 03 : Love in HK

Coup(s) de foudre à Hong Kong ! Tout est dans le titre. Bien souvent, dans la première moitié d’un film, avant le bain de sang, le drame, bref, avant les complications, tout va bien. Profitons-en et gazouillons gaiement sans nous soucier du lendemain.

Hong-Kong Star, épisode 04 : Welcome to Cabaret !

Humour balourd, sexe, ruptures de ton et changement d’étages ont – avaient – l’habitude de surgir dans le désordre à HK. Enchaînons tout ça et montons les escaliers jusqu’au cinquième éta… épisode.

Hong-Kong Star, épisode 05 : Prout on the roof in HK (LOOF)

Maintenant que je suis monté tout là-haut, parlons de toit. Les scènes de toit proliférèrent tant et tant fut un temps dans les polars HK que c’en devenait parodique. Allons jusqu’au bout de la démarche. La chute est si bonne que j’en ai collé plusieurs.

Hong-Kong Star, épisode 06 : Rage made in HK

Crescendo de la vengeance ! Juste avant de casser des dents avec l’épisode 07, mettons-nous en situation, voulez-vous ? Après la chute, boum, le drame survient. La tristesse accable notre héros et le voilà qui s’en va zigouiller tout le monde. Haine ! Vengeance ! C’est le « il s’en va » crescendesque sensé amplifier l’empathie avant le bain de sang que j’essaye d’illustrer ici, très aidé du morceau Vamos a matar d’Ennio Morricone qui, de son côté, émailla le western rital Companeros de l’ami Sergio Corbucci. Gros clin d’œil cinéphilico-cinéphinutile dans le titre à un célèbre western américain.

Hong-Kong Star, épisode 07 : Kung Fu Charlots

La nuit tombe dans ta gueule ! Bagarre générale ! Voilà le gros passage obligé du ciné de genre HK. Avec ce septième épisode je me frotte à l’exercice désormais classique du fanmade de kung-fu. La baston locale est débitée sur fond de techno – mais pas que – avec un peu plus de 3 minutes de distribution de mandales. Nos Charlots ruent dans les brancards, Donnie, Bruce et autre Jackie s’en mêlent, tous aidés qu’ils sont d’un bien agréable renfort…

Hong-Kong Star, épisode 08 : Les androïdes rêvent-ils de Hong-Kong ?

La nuit, toujours. Ridley Scott :  » Pour le paysage de Blade Runner nous nous sommes aussi inspirés de Hong-Kong par jour de très mauvais temps. « 
Notons également, pour l’anecdote, que Blade Runner fut coproduit par Sir Run Run Shaw (source Wikipedia.en), décédé il y a peu.

Hong-Kong Star, épisode 09 : The Blade Kitchen

Petite pause : mangeons. Sur ce très court segment j’illustre les scènes de boustifaille dans le ciné HK. Quelle musique prendre pour ce petit clip ? Pourquoi pas, tiens, celle de The Blade ? Celle, vous savez, qui accompagne la scène d’anthologie d’entraînement à bout de corde de Chiu Man-chuk, histoire de causer aussi un peu costumes ? Soudain, paf, l’idée du siècle : et si que je gardais aussi la bande-son et que je me trouvais des images qui collent à peu près à ce que l’on entend ? Chaud ! En à peine deux minutes ça donne ça. Et je laisse le mot de la faim à Bruce Lee.

Hong-Kong Star, épisode 10 : Gunfight in HK

Gunfight ! On attaque le trio de tête à coup de 9mm dans la tronche avec cette arrivée pétaradante de Roy Cheung dans la dixième danse. Roy, notons-le, inventa un procédé révolutionnaire pour nous réchauffer pendant l’hiver. Il ne s’agit pas du chauffage au sol, non, mais du chauffage interne. A l’aide de petites capsules chauffantes qu’il vous injecte dans la tête vous vous sentez autant réchauffés que parfaitement refroidis.

Dans la foulée de ce sketch, et parce qu’il était hors de question que je grille ma transition chérie, vous découvrirez cette célèbre chanson guimauve du ciné HK qui enrobe là l’usuel drame amoureux tristoune. Cela contrebalance la joyeuseté de notre 3ième épisode. Tout est affaire d’équilibre, raison pour laquelle cet épisode atteint les 10 minutes : c’est un deux-en-un. Deux pour le prix de rien ! Joyeux Noël ! Si les allergiques zapperont allègrement le segment chanté, j’espère que les six premières minutes leur plairont : l’exercice fut rude. Grand merci à l’excellent Jiang-Hu, The Triad Zone de Dante Lam – très bon DVD dispo chez Asian Star – de structurer un peu la bête. Pas de Charlots ici, on les retrouvera après, pour la grande finale…

Hong-Kong Star, épisode 11 : Un Hongkongais dans la coquille

Après Blade Runner, c’est au tour de Ghost In The Shell de se voir évoqué. Voici un petit clip aussi bref qu’il se veut explicite. L’exercice ayant déjà été fait et vu sur la vaste toile du réseau, soyons concis. Et grand merci au Dream Home d’Edmond Pang qui dispose décidément de magnifiques plans de la ville.
Paradoxe notable : en 1995, 13 ans après Blade Runner et deux années seulement avant la rétrocession, Hong Kong était encore perçue par des visionnaires japonais comme la ville du futur alors que, de leur côté, les hongkongais peinaient à imaginer ne serait-ce qu’un semblant d’avenir.

Hong-Kong Star, épisode 12 : Les Charlots vs The Killer

Pour clôturer cette impressionnante douzologie, les Charlots affrontent The Killer – Jeff pour les intimes – lors d’une poursuite en bateau d’anthologie. Soit dit en passant, c’est de cette idée à la mors-moi les 60 nœuds nautiques que tout est parti. J’ai d’abord bricolé ce sketch avant d’extrapoler le reste. Bref, voilà, ayé, c’est fini. J’espère que tout ceci m’aidera à consommer le deuil d’un certain cinéma HK ainsi que celui de moi-même, un peu plus jeune, qui devrais pouvoir ainsi passer à autre chose. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un joyeux Noël à tous, et à l’année prochaine pour de nouvelles aventures !

Merci aux ayants droit pour leur exceptionnelle indulgence.

Toutes les œuvres (films et musiques) sont citées à l’aide d’un générique de fin sur chaque segment.

Les vidéos sont extraites de la DVDthèque d’Arno Ching-wan, cinéphile passionné, responsable de ce dossier et de ces différents montages.

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Coassement vôtres

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Pour info, j’ai écrit un petit roman en partie influencé par des choses et d’autres vues au nord ou en Asie. Couverture signée Yann Raspilaire.

Résumé : Le printemps venu, un propriétaire d’une petite commune de Sologne s’étonne de ce que les grenouilles ne chantent pas aux abords de son étang. Après avoir fouillé les environs, il doit se rendre à l’évidence : il n’y a tout simplement plus de batraciens en cet endroit. Pourtant, c’est la règle, les bestioles devraient normalement y batifoler. Le cerf brame en septembre, les chouettes paradent en décembre, et au printemps, on assiste au bal des grenouilles, symbole de la gastronomie française. Ont-elles décidé de faire grève ? Le Monsieur s’est plaint à qui de droit, en l’occurrence au Maire de sa bourgade, et ce dernier a fait suivre sa demande aux instances sanitaires qui, elles, ont mis le dossier sur la pile de choses à traiter. Comment ce document a-t-il pu passer de cette administration à un bureau gouvernemental secret dédié aux affaires paranormales : l’Office Action Clemenceau ? Et surtout, pourquoi s’en inquiéter ? Envoyé sur place pour cette enquête prétendument de routine, l’agent Barnabé Mozières va aller de surprise en surprise, accompagné de sa nouvelle partenaire : la jeune et mystérieuse Claire Fiquèle…

Coassement vôtres, disponible via la plateforme Librinova

 

Entretien avec Eric Valette, à propos du Serpent aux mille coupures

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Résumé : Sud Ouest de la France, hiver 2015. Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage. Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petit, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens. L’homme a déclenché une vague de violence dont personne ne sortira indemne…

< ATTENTION SPOILERS >

— Qu’est-ce que ça fait de présenter ce film à Beaune un mois avant les élections présidentielles?

— Je ne me suis pas posé la question du tout. C’est un film que je voulais faire depuis la sortie du bouquin. On parle de 2009-2010. Le fait que ce film arrive dans ce timing là est totalement fortuit, même si on a essayé par rapport au contexte du bouquin, qui se passe en 2001, juste après les événements du 11/09, d’apporter quelques éléments peut-être un petit peu plus modernes. Notamment dans la façon dont le problème du racisme a été abordé, à savoir qu’il s’agit davantage d’un problème de paupérisation des campagnes dans ce film contre un peu plus de racisme virulent dans le bouquin. J’ai essayé d’amener l’idée que le fait que le type soit noir n’était pas forcément déterminant, que c’était juste la cerise sur le gâteau. Une forme de jalousie. On peut raconter le même type d’histoire avec un blanc. Qu’il soit noir venait s’ajouter à un lot de frustrations de la part des paysans de la meute.

— Quelle aurait été la différence, s’il avait été blanc ?

— Le fait qu’il ait réussi, tout bêtement. Un peu mieux réussi qu’eux. Et qu’il se soit marié avec une fille du coin.

— On aurait rejoint le cinéma de Peckinpah.

Les chiens de paille, oui. J’aimais bien l’idée qu’il n’y ait pas que l’élément xénophobe au coeur de la problématique. On trouve quelques dialogues qui mettent en exergue que ces mecs-là sont atteints, dans leur quotidien, par les ravages de la globalisation.

— J’ai relu un entretien où tu disais qu’il fallait être amoureux de ses personnages. On en trouve au moins un, dans ce film, avec lequel on se demande comment c’est possible.

— Quand je dis « amoureux », c’est en tout cas être fasciné par ses personnages, et toujours essayer de leur rendre justice dans la façon dont on les traite et on les filme. Ce qui m’amuse et me séduit dans le personnage de Tod, c’est qu’il s’agit d’un type qui a une volonté suicidaire tout du long et qui l’accomplit. Les suicidaires ont toujours un petit côté émouvant, même si là il emporte quand même beaucoup de gens avec lui (rires), mais je trouve qu’il y a une grâce dans sa façon de faire les choses qui a un côté fascinant.

— Terence Yin use d’un petit sourire en coin marquant. Est-ce lui qui l’a amené ?

— Oui, en effet. On en a discuté, et moi ça me plaisait.

Tod (Terence Yin) hilare.

— J’ai même l’impression que lorsqu’il meurt, il l’a.

— Exact. On a fait une prise avec et une sans.

— Dès qu’il arrive en France, son personnage Tod dit qu’il est là pour le plaisir. L’accompagnes-tu dans cette démarche exutoire ?

— Je ne suis pas un sadique, mais j’apprécie de le suivre, pas uniquement pour les choses dans lesquelles il excelle, tuer, mais aussi parce que c’est un poisson hors de l’eau. Hors contexte, ils sont amusants, parce qu’ils amènent leur identité, leur énergie, en étant délocalisés. C’est intéressant parce que quelque part ce personnage amène aussi un petit peu de polar coréen, dans un film qui pourrait être à la Yves Boisset, par exemple.
— A quels polars coréens penses-tu ?
— J’avais conseillé à Jean-François Hensgens le chef opérateur, de regarder Memories Of Murder et Sympathy For Mister Vengeance avant le tournage de notre film. Le polar coréen est un genre qui est parfois rural – de même que le fantastique coréen d’ailleurs – alors que son pendant hongkongais sera par la force des choses, si on considère l’étendue des territoires respectifs, plus naturellement urbain.

Le très sympa Mr Vengeance de PCW, par ailleurs invité de Beaune 2017.

— En parlant HK, on trouve plusieurs similitudes entre ta filmographie et celle d’un Johnnie To. On baigne dans le polar, il a son équipe d’acteurs que je prends plaisir à retrouver (Simon Yam, Lam Suet, Hui Siu-Hung…), tout comme chez toi (Gérald Laroche, Stéphane Debac…). Peut-être avez-vous une même méthode de travail ?
— Il existe une méthode de travail, certes, mais c’est aussi lié au plaisir de retrouver des gens qu’on apprécie, de s’amuser avec eux. lls ne viennent pas pour l’argent. Ils viennent parce qu’on a une relation avec eux, parce qu’on leur propose un projet qui sort un peu des clous. Evidemment, ils ne viennent pas gratuitement, mais par contre ils ne viennent pas cachetonner. Ils sont là parce qu’il y a quelque chose d’intrigant et d’original dans le projet.
— Gérald Laroche est là depuis Maléfique, Stéphane Debac depuis La proie. Si ce dernier joue excellemment bien le chafouin, Gérald Laroche semble se rapprocher d’un français moyen un peu bougon, mais observateur, au potentiel positif. Son personnage sauve la morale du groupe.

— Tout à fait. C’est celui qui dénonce, mais dans le bon sens du terme (rires).

— La façon dont le policier en parle montre que ça n’est pas de la délation pure.

— On trouve ça dans le roman de DOA, je ne l’ai pas inventé, mais j’avais plaisir à ce que ce personnage soit joué par Gérald. Il apporte une dignité là-dedans. J’ai du mal à le projeter dans un rôle plus monolithique en fait, parce que c’est quelqu’un qui porte sur son visage tellement d’angoisses. C’est difficile d’en faire un méchant, me semble-t-il. Je crois qu’il l’est dans la série d’Olivier Marchal, Section Zero.

— On retrouve aussi Pascal Gregory, que j’aime personnellement beaucoup depuis Nid de guêpes.

— Ce que j’aime avec ce type de choix de casting, de faire Laroche, Gregory, Sisley, Terence Yin etc, c’est qu’il y ait plein de familles différentes qui se retrouvent, et non uniquement celle des acteurs commerciaux par ici, celle des acteurs d’art et essai par là, de télé par ici…

— Tomer Sisley a fait des gros films. Largo Winch… — J’aime cette idée de rencontre des gens. Tomer, typiquement c’est le genre de personne dont je ne suis jamais sûr du coup quand je vois Largo Winch, parce qu’il véhicule quelque chose de trop rayonnant, séduisant, positif par rapport au personnage de motard tel qu’on le lit dans le roman de DOA.

— Il est surprenant ici.

— Je trouve qu’il a cette noirceur. Il a la noirceur et l’ambiguïté du rôle. Il faut être curieux, le voir dans Nuit blanche, par exemple. Il a déjà une forme d’intensité, sans qu’il soit aussi sombre que dans Le serpent (…). Il y joue un flic à moitié ripou, un personnage sous tension. Il ne faut jamais mettre les gens dans des cases, ils ont très envie d’en sortir, mais le système ne les y encourage pas.

— Six ans entre La proie et celui-là. C’est long, malgré les séries télé.

— Oui, j’ai fais beaucoup de séries télé entretemps, j’ai travaillé sur d’autres projets qui ne se sont pas faits. Le principe c’est d’avoir toujours deux ou trois projets qui rencontrent leur alignement d’étoiles au bon moment. Ca a souri pour Le serpent à partir de 2004. Le film avait vraiment beaucoup de mal à se monter, et avec l’aide d’un nouveau producteur qui s’est joint à notre farandole, on y est arrivés. Ce qui est un peu la réalité économique des films français. C’est difficile pour le cinéma de genre, mais même des gros films de type Boule & Bill ou LA French sont tournés aux 3/4 au Luxembourg ou en Belgique [Le serpent a en partie été tourné en Belgique, NDLR]. Pourtant, a priori ce ne sont pas des films qui manquent d’argent.

— Ce qui me rappelle la dynamique des Bee Movies à l’époque de Maléfique, dont on croyait qu’elle allait faire naître quelque chose.

— Ca se délite, mais c’est passé par des phases. Olivier Marchal a reboosté le polar en salle, au début des années 2010 c’est retombé, et actuellement on se place dans une phase de recomposition du paysage qui est difficile à cerner. Franchement, je ne sais pas où on va. Je ne sais pas exactement comment les films vont être financés. J’ai juste une impression, c’est qu’on ne peut pas soutenir indéfiniment un système qui diffuse deux comédies par semaine, voire trois parfois. A un moment, il va falloir proposer un peu de diversité au spectateur. Le cinéma ne peut pas se réduire à la simple comédie, particulièrement sous un angle très traditionnel comme la comédie romantique. La mécanique de l’ombre, c’est le seul film policier qui soit sorti depuis le début de l’année.

— Le Belge Bouli Lanners a lui aussi réalisé un polar rural, dans ma Beauce d’ailleurs, Les premiers, les derniers. De penser à lui m’évoque sa photo très belle de la campagne. La vôtre n’est pas en reste.

— Jean-François Hensgens vient à la fois d’un cinéma très commercial et du cinéma d’auteur. Il est très schizo, il fait Banlieue 13 Ultimatum comme tous les films de Joachim Lafosse, donc il est habitué de Cannes. Il a fait les derniers films de Dominik Moll également. C’est quelqu’un de très soucieux du grain, de la palette de couleurs. On s’est bien amusés à faire des nuits très sombres et à mettre des bleus pâles, des verts, enfin des couleurs qui soient séduisantes et qui ne soient pas trop datées, on espère.

— As-tu ressenti un challenge à relever en terme de polar rural ? Outre Les premiers, les derniers, Je pense à Total Western, Canicule, Carnage aux USA, et même Un faux mouvement, revu il y a peu suite au décès de Bill Paxton. J’ai pensé à ce film pour ce même final très sec.

— C’est marrant, j’ai justement sorti ce titre sur une interview précédente. On parlait des films où il y a peu d’action, mais qui donnent l’impression d’être très rythmés à cause de la tension ressentie. Il y avait ce film dont on parlait pas mal avec le producteur, il y a très longtemps quand le projet est né, que depuis j’avais un peu oublié et qui aujourd’hui revient à l’esprit : Un faux mouvement. Justement parce qu’il a cette structure un peu en entonnoir où tout converge vers une explosion finale. Mais les choses n’y sont pas pour autant précipitées. Quelques éclairs de violence parsèment le film, mais ça n’est pas un truc super haletant, on n’est pas tout le temps pied au plancher. A la fin, on n’a pas de quatrième acte non plus, où ça n’en finirait pas de finir. J’aime bien l’idée que les confrontations soient réduites à quelque chose de très hiératique et épuré. Un faux mouvement était un bon exemple de ce type de structure.

Au second plan, un paysan a comme un gros coup de pompe.

— Tu as fait sauter la scène de poursuite en voiture qu’on peut lire à la fin du roman.

— La confrontation commençait dans la ferme, après il y avait une poursuite en voiture qui traversait un marché, genre années 70 avec des cageots qui volaient. Ensuite les deux voitures finissaient devant le cloître de Moissac, et à l’intérieur, dans cette bâtisse historique, se tenait une dernière fusillade. C’est moi, non DOA, qui ait procédé à ces aménagements.

— Pour des raisons de budget ?

— Absolument, pour ne pas exploser les décors. Après l’avoir fait, je me suis dit que ça n’était pas si mal dramatiquement parlant parce que tout converge vers la ferme. C’est sans doute plus dense que d’amener le public sur une sorte de leurre où l’on en rajoute alors que si l’on fait à confiance à la dramaturgie, à l’action, la confrontation façon western est intéressante.

— Avec ce cow-boy comme caché derrière un abreuvoir, pendant la fusillade.

— Là, j’ai pensé à un western, Open Range, que j’admire beaucoup.
— De parler western nous permet d’évoquer la musique du film, qui commence un peu comme du Tangerine Dream, avec des sonorités électro auxquelles un peu plus tard vient se greffer une guitare et des riffs aux accents de rock sudistes. Les compositeurs ont-ils proposé ça ou y as-tu mis ton grain de sel ?
— Au fur et à mesure que le motard s’humanise, je m’étais dit que ce ne serait pas mal que des choses nous amènent vers son intériorité, parce qu’il ne l’exprime pas. J’ai adjoint au compositeur Mike Theis – qui est un breton, comme son nom l’indique – pour deux ou trois thèmes épars dans le film mon compositeur anglais Noko [Norman Fisher-Jones] qui a fait les guitares. Donc, les guitares viennent d’Angleterre. On a mixé ça avec des gros sons électro derrière.

— Si je ne m’abuse, c’est flagrant lors du tête-à-tête avec le chien, dehors. On voit deux animaux qui se reniflent, d’une certaine façon.

— C’est ça, un loup solitaire et un chien (rires). Le morceau s’appelle Stray Dog. Ce passage est l’un de mes moments préférés dans le film. C’est très émouvant. Et comme il suit la scène de torture, on se dit peut-être que le gars qui a fait ce film n’est pas complètement maniaque, finalement (rires).

— Attente, campagne et gunfights me font penser au gunfight du milieu de A Hero Never Dies et au final de Triangle. Si en l’occurrence tu évoques plus volontiers le  western, sont-ce des films que tu aimes, qui font partie de ton bagage ?

— J’aime beaucoup Johnnie To donc c’est un grand compliment. Par contre, si j’apprécie A Hero Never Dies, je suis encore plus fan de sa veine ligne claire Melvilienne: PTU, The Mission, Life Without Principles, Election 1 & 2 ou même Vengeance. Le polar HK était et reste encore un peu, même si le contexte est plus dur, une des mines créatives du genre ces dernières décennies.

— … Terence Yin joue très bien, pourtant lorsque l’on regarde sa filmographie, ça n’est pas un acteur qu’on repère forcément. Là, il crève l’écran, il a une vraie présence.

— Oui. J’avais un temps pensé à Nick Cheung, Simon Yam également, que j’ai pu rencontrer à Hong Kong. Simon Yam n’était plus libre pour nos dates, mais de toute façon ç’aurait été autre chose, il aurait incarné un Tod plus vieux. Terence, je l’ai repéré dans une séquence très marquante pour la peine. Effectivement, sa filmo est souvent très anonyme, mais il a une séquence très forte dans le film de Johnnie To, Une vie sans principe. A un moment donné, il joue un caïd de la mafia à qui des types doivent de l’argent, et il en torture un avec une fleur métallique. Il était assez impressionnant dans cette scène. Après, je l’ai vu en méchant dans des films de Takashi Miike où il était second couteau, c’était vachement intéressant. Puis après avoir pas mal discuté avec lui sur Skype, le fait qu’il parle parfaitement anglais, ce qui n’est pas si commun chez les acteurs chinois, m’a emballé.

Terence Yin ose menacer Lau Ching-wan dans le Life Without Principle de Johnnie To.

— Que l’on parle en anglais dans le film, est-ce une ouverture pour une exportation du film ?

— Non, il parle anglais dans le roman. Enfin, c’est écrit en français, mais il parle anglais (rire). Il est vrai que la multiplicité des langages dans le film est plutôt favorable à l’export. Ca donne un petit côté international au film, en même temps qu’il est complètement ancré. Chaque personne parle le langage qu’elle doit parler.

— On voit en effet dans le roman tout cet extérieur qui s’invite dans ce petit village au fin fond de la cambrousse française.

— Oui, c’est ça, comment le très grand influe sur l’infiniment… petit (rires) [« Petit », c’est le nom des fermiers brimés, ndlr].

— Après la séance, j’en entendais certains s’interroger sur l’identité du motard, joué par Tomer Sisley. Ceux qui ont lu Citoyens clandestins savent ce qu’il en est, et quelques pistes sont disséminées dans Le serpent (l’homme sans nom qui appelle le gendarme »Mon colonel », etc…).

— DOA dans le bouquin ajoute quelque chose comme « Et Lynx s’éloigne… » et le lecteur a compris [vérif : « je suis la raison d’Etat. La chimère que le bon peuple ne doit jamais voir » (…) « Lynx mourrait pour de bon et le laisserait enfin recommencer sa vie »]. Dans le film, ça n’est pas possible. J’avais lu le bouquin d’avant, donc je n’étais pas vierge du tout, mais je pense aussi que le bouquin, quand tu le lis comme ça hors contexte, tu n’as pas vraiment de problème. D’ailleurs, ce livre, en l’état, est très proche de la structure même d’un scénario. Un peu comme certains livres de Manchette, qui n’est pas sans rapport avec DOA. Sauf que Manchette a peut-être une tendance plus affirmée vers l’humour absurde.

— Manchette est aussi peut-être un peu plus gauchisant.

— … et droitisant chez DOA, qui éprouve en plus une fascination pour les militaires, les armes, etc. Manchette est plus foutraque et anar d’une certaine façon. Mais ils ont en commun un sens de l’action, du rythme, des personnages. C’est percutant et rythmé dans l’écriture.

— J’ai relu il y a peu l’adaptation en BD signée Tardi de son Ô dingos, Ô châteaux ! C’est toujours aussi puissant. Il faudrait le basculer au cinéma un de ces jours…

— Je sais. Ce n’est pas faute d’avoir été sur les rangs, et je l’ai toujours derrière la tête (*).

— On dit souvent d’un écrivain qu’il rechigne – ou peine – à adapter son livre pour le cinéma.

— DOA l’a fait en l’occurrence. En ce qui me concerne, j’ai réajusté son travail à des conditions budgétaires et logistiques, procédé à des aménagements par rapport à des décors, fait que certaines choses coûtent un peu moins cher.

— Parlons chiffres, justement. Budget, jours de tournage, nombre de salles ?

— 2,5M environ, pour 34 jours de tournages (30 pour Maléfique). 32 salles confirmées à ce jour.

— J’avais peur que ce film bascule directement en VOD.

— Ca n’était pas exclu, il en avait le profil. Un peu comme Made in France de Boukhrief.

— D’autant qu’il est très violent. Le cadavre de la blonde en kit : tenait-il bien debout ? Une main a-t-elle glissé ou autre ?

— (Sur un ton pince-sans-rire) Ce sont des cadavres de récupération loués sur le marché de l’occasion du corps de films. Il y a très peu de gens qui ont du stock en terme de corps, et on ne pouvait pas mouler, ça coûte trop d’argent. Nous, ce qui nous intéressait, c’était de récupérer du corps, à la fois brûlé, et pour la fille. On a loué des trucs chez un ami. C’était très drôle, je faisais le marché : un bras gauche s’il te plaît, et un pied. Ah ! Féminins, hein ! On a fait une montagne de membres.

— Dans Crime à froid de Bo Vibenius, par exemple, la légende dit que le plan de l’oeil crevé a été effectué sur un vrai cadavre.

— Ce sont des faux membres, et on a mis la tête de la véritable actrice dessus. Mouler un visage, ça coûte très cher. David Scherer, créateur de SFX, n’a pas travaillé sur ce film, mais il nous a aidés.

— Un cinéaste a dit un jour que s’il ne l’était pas devenu, il aurait pu être serial killer.

— Je suis sociopathe, mais pas tueur en série !

 — De voir un acteur HK à l’origine de scènes bien trash renvoie aux films de Cat III hongkongais. Y as-tu songé ? Si oui, lequel(s) pourrait se voir « satellisé » autour de ton film ?

— Je n’ai pas spécialement pensé à la Catégorie 3 ni même à certains films japonais extrêmes type Takashi Miike qui rejoignent ce concept de « Catégorie 3 ». Par contre, il est clair que la culture des acteurs en Asie fait qu’ils sont accoutumés à ce genre de scènes et qu’ils n’en font pas une montagne de questions existentielles. C’était le cas de Terence Yin, qui n’avait strictement aucun problème à les tourner. Par ailleurs, c’est quelqu’un de très agréable, qui a grandement apprécié les spécialités locales, les plats toulousains et même le vin de Gaillac !

— Son temps de présence à l’écran est-il supérieur à celui de Tomer Sisley ?

— Je n’ai pas fait le compte, mais on ne doit pas être loin de la parité.

Propos recueillis lors du Festival International du Film Policier de Beaune 2017.

Merci à Eric Valette d’avoir d’avoir eu l’amabilité de répondre à ces questions.
Merci à Nathalie Iund, de MIAM, pour son soutien.
Merci à Marine Moutot, du Public System, pour son aiguillage bienvenu.
(*) Déjà adapté en 1975 par Yves Boisset. Folle à lier, avec Marlène Jobert dans le rôle titre. 

Le serpent aux mille coupures (Eric valette, France 2017)

serpent

Sud Ouest de la France, hiver 2015.
Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage.
Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petit, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens.
L’homme a déclenché une vague de violence dont personne ne sortira indemne…

Qu’un sang impur abreuve nos sillons

« J’ai appris seul. Leng T’che, c’est le nom chinois de ce châtiment, la mort par les mille coupures ». (Le tueur Tod, incarné par Terence Yin).

Si vous avez lu le polar de DOA, vous savez à quoi vous en tenir, et l’on ne saurait trop vous conseiller de découvrir celui qui a précédé, Citoyens Clandestins, si vous souhaitez en savoir un peu plus sur le mystérieux protagoniste incarné par Tomer Sisley. L’adaptation frôle la perfection. Eric Valette fait bien monter la sauce (tension, humour noir gonflé, personnages forts…) jusqu’à un gunfight final qui crache bien. Le métrage est interdit aux moins de 16 ans, surtout pour des scènes de torture – dont une d’anthologie – et de nudité explicites. Des séries comme GoT, Hannibal ou Walking Dead le sont, ça se tient. Terence Yin est une révélation : il incarne un bad guy franchement épatant, à savoir le serpent du titre. Malgré quelques prestations de vilain notables dans Colour of the Truth, un très bon cru Wong Jing qui date déjà de 2003, et le Life Without Principle de Johnnie To, il n’avait pourtant pas, jusqu’alors, marqué les aficionados du ciné HK. La « faute » en revient sûrement à son arrivée post 2000 et sa participation à des films qualitativement déclinant par rapport à l’âge d’or pré-rétrocession. Il a bien évolué depuis son boys band Alive, Terence, où il côtoyait alors son ami Daniel Wu (Hit Team, One Night in Mongkok, Purple Storm…), que beaucoup connaissent maintenant à travers la série bourrine Into The Badlands.

C’est sans doute à une grand-mère Allemande que Terence Yin doit son physique surprenant. Allié à sa prestation droite, inquiétante, à des lentilles bleu clair et à un rictus aussi mémorable que glaçant, il renvoie à certains jeux de Mads Mikkelsen (Hannibal, Casino Royale). A croire que le rôle a été écrit pour lui.

terence

Qu’un tel foutoir international débarque à Moissac surprend autant qu’il amuse, et l’on comprend que le concept ait plu à un Eric Valette originaire de Toulouse. Moissac – Toulouse = 70 bornes. Le cadre est pour le moins charmant.

L’intrigue et son traitement évoquent le western, « cow-boy sans nom » inclus. Le français Total Western, déjà un bon défouloir campagnard d’Eric Rochant, n’en est pas si éloigné. La vraie fraîcheur du film se trouve là : pas de thriller domestique – enfin – ni de canevas post-Charles Bronson avec un type s’en allant remonter la chaîne alimentaire pour venger qui sa soeur, qui sa femme, qui une énième prostituée maltraitée ou encore un chien. En-fin ! Non, on a affaire à un polar, un vrai, de ceux qui ne se font plus, ne se vendent plus parce que sans doute qu’ils cherchent à prendre leur distance par rappor à un contexte délétère justifiant ce palliatif. En ces temps troubles, la protection de la famille et la vengeance guident les instincts.

On peut s’étonner de ce hasard faisant jouxter cette trame autour de la ferme à celle du Logan de James Mangold, chipoter sur quelques rares jeux d’acteurs approximatifs – pas Tomer Sisley, eh non, débarrassé de son tic de langage de dandy parigot, le voilà sacrément crédible – et un ultime duel que j’aurais personnellement aimé un poil plus long, mais en l’état c’est de la bonne came, au budget serré optimisé – elle n’est pas coupée – et tournée en 34 jours de tournage seulement. Vu la gueule du ciné de genre français actuel, l’exploit relève quasiment du miracle. A charge (?), sur Télérama.fr on peut lire :  » (…) quelques autochtones, au milieu de cette violence mondialisée, en sont encore, les imbéciles, à attaquer un fermier parce qu’il est noir… On est en pleine furie irréaliste, dans une France américanisée à la Jacques Audiard. » et retourner ce même constat à l’avantage du film. Encore que juger irréaliste que des paysans attaquent un noir, c’est occulter le passé de notre glorieux pays, ignorer certainement des fait-divers actuels et, pourquoi pas, être dans le déni quant à un avenir tout proche. Ce thème, agencé avec d’autres placés au même niveau : pardon, communication, mais aussi cahier des charges propre au genre (violence, sexe, ambiance…) participe d’un polar aussi fun qu’intelligent et bienvenu.

Ghost in the Shell (Rupert Sanders, USA, 2017)

Le Major, hybride humain-cyborg – première du genre – est un agent spécial à la tête de l’unité d’élite Section 9. Chargée d’arrêter les plus dangereux criminels et extrémistes, la Section 9 va affronter un ennemi dont l’unique but est d’anéantir les avancées en cyber technologie de la société Hanka Robotic.

Projecto 2017 Cyber-psycho

Dans la mythologie Cyberpunk, un cyber-psycho est un gars tellement saturé de chrome, d’implants électroniques et autre nanotechnologie qu’un beau jour il pète les plombs, complètement déshumanisé, fully cramed. Si on imagine un gros cyborg baveux abattu comme un chien à 2h du mat’ par des Judge Dredd dans une rue bardée de néons, la catatonie du Major peut, à sa façon, s’y rattacher. C’est une forme de réaction, de révolte introvertie, au concept davantage Japonais qu’Américain, certes, mais crédible.

Psycho, c’est également le titre d’un film de Gus Van Sant, soit le remake plan par plan du Psychose d’Alfred Hitchcock, ce qu’est à environ 50% ce nouveau GITS par rapport à l’ancien. De là à dire qu’on se retrouve face à un remake malade parce que surchargé, il n’y a qu’un pas que j’hésite pourtant à faire, faute de recul et parce que j’ai le vertige. En plus, j’ai oublié ma combi thermo-optique au lavage, vous comprenez…

Le Major crève l’écran en 3D

Sur une première vision au ciné et en 3D, contexte de visionnage conseillé, c’est le panard formel qui, on l’imagine, précède le ciné-casque à venir. Photo bleutée sympa, score électro galvanisant de Clint Mansell – qui citerait presque les jeux Deus-Ex -, scènes d’action qui dépotent, magnifique ville « Shang-Kong », imagerie cyber respectée, personnages bien taillés et bonne rythmique globale : pretty good job !

Passons rapidement sur ce faux procès de whitewashing médiatisé à outrance pour alimenter le buzz. Kusanagi ayant déjà une tronche d’occidentale aux grand yeux bleus chez Oshii, à Scarlett Johansson de se révéler l’interprète 2017 idéale pour le rôle. En plus de l’astuce aussi évidente que bien amenée du scénario qui explicite tout ça comme il faut, l’actrice de Black Widow est physiquement en forme, a déjà tâté de l’intelligence artificielle avec le superbe Her, le mal de vivre extra-terrestre dans le troublant Under the Skin et l’amélioration fast effect de son corps dans le très fun Lucy – où l’on voyait également le danois Pilou Asbaek, ici Batu à « plates coutures », surtout au niveau des paupières !

Batu débarque avec la Section 9

Déjà un peu keupon chez Besson, Scarlett accentue la posture chez Sanders, de cette « No future ! » attitude qui rejette autant un avenir non souhaité qu’un implant imposé. Sa démarche appuie d’ailleurs celle, féministe, du métrage, qui perpétue la référence au Manifeste cyborg de Donna Haraway, à la connotation lesbienne évidente, entamée dans Innocence. De fait, Juliette Binoche incarne une doc savante aussi crédible que trouble, et la scène où Kusanagi va visiter une prostituée 100% « bio » pour trouver un écho à son âme de femme ne souffre d’aucune ambiguïté. Au statisme de poupée effacée chez Oshii, l’actrice préfère le malaise agressif, la tête penchée en avant, un roulage de mécanique forcé pour masquer une faiblesse qui se dévoile pourtant, tel un talon d’Achille, au niveau de la nuque. Cet endroit fragile est propice au coup du lapin, mais aussi à des caresses émoustillantes. Dans l’univers GITS, c’est aussi et surtout là que se trouvent les fameuses prises que les pirates convoitent pour manipuler ou griller le ciboulot.

Scarlett Johansson dans Under the Skin. GITS, pardon !

Je peine à émettre un avis sur les nombreuses scènes aux plans copiés/collés de l’anime, je les connais archi par cœur en plus de les avoir déjà vues recyclées dans la série des Stand Alone Complex et ailleurs (Matrix…) . On pourra sans doute à raison les critiquer comme sur un Disney live (La belle et la bête, le livre de la jungle), souligner l’inutilité du procédé, la vacuité de son impact, il me semble pourtant qu’ils sont bien fichus, respectueux, malins et assez bien intégrés aux nouveautés. A voir si sur une seconde vision, une fois l’effet fan-service évaporé, la fluidité se maintient. Les passages frais évoquent, eux, les polars de série B américains ou Hongkongais lorsque la section 9 mouille la chemise. Dans le rôle du chef Aramaki, Beat Takeshi assure. On le laisse causer japonais ( !) et ses quelques scènes émeuvent ceux qui connaissent sa filmo. Nous voilà vengés de sa présence quasi fantomatique dansJohnny Mnemonic et ça fait un bien fou de le voir sortir le flingue pour dessouder du John Smith ! Ce côté bourrin défoule son homme, mais tire paradoxalement le projet 2571 – et non plus 2501, ça n’est plus le même – un peu vers le bas. La vilaine Corpo qui fournit le matos cyber à la Section 9 n’aurait normalement qu’un coup de fil à passer au 1er ministre pour résoudre ses menus tracas, les enjeux financiers étant si énormes que Costardman ne devrait même pas avoir à montrer les dents. Mais soit, car après tout, si elles soulignent la richesse des métrages d’Oshii et des S.A.C, ces quelques réserves restent minimes comparées aux innombrables tares de l’arc japonais catastrophique Arise, clôturé récemment par un GITS New Movie tout bonnement irregardable. A trahison, trahison et demi : le plus marvelisé des deux derniers films GITS en date n’est pas celui que l’on croit !

Rila Fukushima – The Wolverine – gollumisée en geisha bien flippante

L’hommage de Sanders est sincère, partagé par l’adepte qui sourit lorsqu’un hologramme de basset géant s’en vient brièvement mais fièrement trôner tout en haut d’un gratte-ciel. On espère que sur l’exercice, il a appris autant qu’un James Cameron usant sa vhs de Mad Max 2 avant de pondre le Terminator d’antan, et que le réalisateur de Blanche-Neige et le chasseur embrayera sur du beau, du neuf. S’il ne réussit pas vraiment ses passages pathos, il y gagne en rage, de cette colère qui anime une certaine jeunesse face à l’oppresseur usant sans scrupule – et avec « pragmatisme » ? – des techniques à la mode pour mater le peuple récalcitrant. La morale est aussi belle que d’actualité, même si, comme dans tant d’autres films, elle ne se vit que par procuration dans un monde virtuel. Gaffe toutefois à la surcharge, au cyber pétage de câble du ciné-spectateur blindé de strates de films à outrance et d’excroissances pseudo-intello infinies. Grzzz…

Out of Inferno (Frères Pang, HK, 2013)

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Dans la ville de Guangzhou (Canton), les pompiers risquent leur vie pour sauver les occupants d’un imposant immeuble victime d’un puissant incendie.

Pétard mouillé pour les frères Pang

Non pas que le Lifeline de Johnnie To fut un chef d’œuvre ni même que le genre me plaise vraiment, mais on garde une certaine marge qualitative, là. Pas de scénario, pas de structure, rien de vraiment spectaculaire… L’amorce de film catastrophe est juste correcte, mais ensuite on ne comprend pas vraiment les personnages, un flashback absurde vient légitimer on ne sait trop quoi et la musique fait regretter le Raymond Wong épique d’antan. Elle n’est pas si naze, mais l’absence totale de rythme, d’enjeu ou même d’empathie attriste. Pire : Lau Ching-wanSean Lau, pardon ! – fait peine à voir. Il ne roule plus des mécaniques, baisse la tête, semble malade et diminué. Il déambule sans trop y croire jusqu’à un générique final honteux de débarquer sans qu’il y ait eu le moindre climax. Je ne m’attarderais pas plus longtemps sur ce machin de peur de me manger un backdraft nostalgique délétère dans la tronche… trop tard !

Johnny Mnemonic (Robert Longo, USA, 1995)

Au XXIe siècle, le piratage des réseaux faisant rage, un puissant consortium utilise des livreurs de données. Johnny est l’un de ces coursiers. Son cerveau a été aménagé pour recevoir des données qu’il ignore et qu’il convoie ensuite à travers le monde.

L’autre film cyber de 1995

A l’époque, je me souviens, de l’avis de beaucoup c’était grosso merdo mauvais. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, tout un tas de films avec et celui-là, finalement, prend de la bouteille. Ca flotte, une bouteille. Une écriture correcte, des idées, un Keanu Reaves chez qui on décèle un jeu physique total plus que facial – serait-ce là son secret ? -, l’univers de William Gibson plutôt bien retranscrit, tout cela m’a plu. A l’aune de la démocratisation du casque virtuel, ça calme assez. Et nous n’avons point là d’élu en guise de héros, mais un mec talentueux qui essaye de survivre en vendant des bouts de sa cervelle. Ca change. Sa copine n’est pas une super-héroïne non plus, juste une mercenaire qui n’est d’ailleurs pas parmi les meilleures, mais elle possède une certaine gnaque qui la rend des plus humaines. Si le dernier acte reste déceptif, la chute, l’ultime réveil du terminator du jour, « conserve » la blague d’antan. Et en intro, le clin d’oeil aux Cyber City de Kawajiri fait encore bien plaiz’ ! Le fouet à mono-filament, le même que celui de Benten, a encore de la gueule.
Ce sujet cyber, la présence de Kitano et cette date, 1995, qui correspond à l’arrivée de l’anime GITS, font qu’il est intéressant pour un cinéphile de revoir ce Johnny Mnemonic avant de tester le remake du chef d’oeuvre d’Oshii. Peut-être aurait-il mieux valu remaker celui-là ? On en recausera bientôt.

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The Punisher (Mark Goldblatt, USA, 1989)

Après le massacre de sa famille par la mafia, l’ancien policier Frank Castle, laissé pour mort, devient le bras armé d’une vengeance expéditive et impitoyable. Traquant et éliminant sans pitié les criminels, il est le Punisher…

Punish her !

En 1989, on continuait de fantasmer « grave » sur l’Asie avant le grand déferlement des 90’s. 1989, c’est The Killer, certes, mais on ne le découvrira qu’un peu plus tard. En 89, on reste sur des photos de magazine, des extraits, de rares bandes annonces vues à la tv, et hormis quelques percées, en attendant ce jour, on fantasme via le prisme US. Pas mal sur les yakuzas, depuis déjà les 70’s, mais on dispose d’un beau revival fin 80’s avec le Black Rain de Scott, les joyeusetés ninja de la Cannon et ce gros B burné qu’est Punisher. Burné tendance homo, hein, parce que le sieur Goldblatt aime à s’attarder sur le corps de Lungren. Et lorsque ça danse presque nu dans une boîte de nuit, malgré la présence de nymphettes au deuxième plan, la caméra préfère lorgner en gros plan du body buildé huilé à l’entre-jambe délicatement emballé. Quant aux rares rôles féminins, ils sont trois : une fliquette abandonnée à mi métrage – tuée dans le fourgon ou bien ? – et 2 bad women massacrée, dont une façon Sammo Hung – aïe !

J’ai été étonné de voir cette belle édition de chez Ecstasy of Films débarquer dans nos bacs. Je me remémorais un nanar bourrin sympa, j’avoue, mais pas un trésor oublié, director’s cut de 7 secondes en plus ou pas (des impacts justifiés), workprint ou non (une intro inepte où l’on voit le fils du mafieux qui aura +/- le même âge 5 ans plus tard). Si j’admire le travail abattu sur cette édition, revois la péloche un peu à la hausse avec sa bonne VO et concède de bonnes scènes d’action, ça reste « Ze Punisher », à savoir cet abruti vengeur à la Charles Bronson qui entrainera d’autres « succès damnés » aussi pénibles que fachisants. Et c’est d’un con… malgré de bonnes punchlines, on peine à comprendre ce copain alcoolo qui soudain veut sauver les enfants des mafieux. J’avais gardé en mémoire un passage débile – il l’est un peu moins – à savoir cette embuscade dans un couloir jap’. Murs en papier, tripotée de yakuzas qui passent, ça mitraille depuis leur gauche, ça flingue depuis leur droite et ils tombent tous raides morts. A The Punisher et un autre gars de sortir indemnes de chaque côté, fusil mitrailleur au poing. D’après la mise en scène, le tir n’est pas croisé, ils auraient dû s’entretuer ! A la revoyure, faut bien regarder, mais il est bel et bien croisé. Bonne synchro ! Et Lungren joue comme un cochon, c’en est calamiteux, peu aidé qu’il est par une barbe de 3 jours peinte à a main. Le suédois est imberbe, donc.

Le film garde un statut, il fait partie de la petite histoire du film d’action, quoi qu’on en pense. Il reste un plaisir coupable, partagé en haut lieu je crois. Le Léon de Besson emprunta indubitablement son intro à celle-ci, et John Woo y a forcément pensé lorsqu’il balança CYF en rappel dans l’entrepôt de Hard Boiled. La scène d’action dans le port by night reste d’ailleurs LE morceau de bravoure de ce Punisher-là. Revoir le Jeroen Krabbé des premiers Verhoeven en bad guy est plaisant, j’imagine que la japonaise sadique toute habillée de cuir doit rester dans un coin de mémoire de certains (isn’t it, Red Nights ?) et la mise en scène est loin d’être naze. Pour archivage nostalgique, hein, ça reste un délire pour ados… 80’s. Quitte à glorifier du bourrin 80’s dopé au katana, suggérons à Ecstasy of Films le The Challenge de Frankenheimer, toujours inédit chez nous.

High Risk (Wong Jing, HK, 1995)

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… aka Meltdown, aka Terreur à Hong-Kong etc.

Frankie est une superstar des films d’action, qui est réputé pour ses cascades. En fait, c’est son garde du corps Kit Li qui les effectue à sa place. Lorsqu’un building est pris en otage par un groupe de terroristes déjà responsables de la mort de la femme et de la fille de Kit, les deux hommes vont devoir utiliser leurs talents respectifs pour sauver les otages.

0.99€ à Noz. J’ai rechuté, Docteur. On a droit à la VF, à la version anglaise, à l’espagnole et, je crois, à l’italienne, mais pas de v.o : formidable ! Peu importe, en mode bon public et en bossant sur d’autres trucs en même temps, ça passe. Ca passe même très bien : sens du rythme, du spalstick – Wong Jing avait tout compris à l’adaptation de la déconne manga en live -, avec des ruptures de ton qui restent toujours aussi consternante (on enchaîne un massacre de gamins dans un bus avec une blague potache sans honte) etc. Jacky Cheung commence en sidekick de service pour finalement se réserver le gros fight de fin, piquant ainsi la vedette à Jet Li qui tient peut-être là son meilleur film pré-Expendables 2. A savoir que c’est généreux et fun, tout le contraire des chinoiseries actuelles engoncées dans un drapeau amidonné. Je me suis marré à plusieurs reprises, ça défouraille bien, en accéléré et en envoyant des mannequins valdinguer dans le décor, certes, mais peu importe : ça passe. Et ça pompe et parodie même à ce point Die Hard qu’il serait conseillé de le glisser dans une soirée marathon consacrée à la saga de John McClane. En l’ajoutant aux 5 qui existent, il figurerait qualitativement dans le top 3, sans déc’ ^^ Bref: Vivement la restauration 4K.

The Assassin (Hou Hsiao-Hsien, Taïwan, 2015)

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Chine, IX siècle. Nie Yinniang revient dans sa famille après de longues années d’exil. Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d’éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo, mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Ji’an. Fragilisé par les rebellions, l’Empereur a tenté de reprendre le contrôle en s’organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Ji’an décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau jade. Elle va devoir choisir : sacrifier l’homme qu’elle aime ou rompre pour toujours avec « l’ordre des Assassins ».

Le Wu Xia, filtre communicatif

HHH ne l’a pas volé, son prix de la mise en scène à Cannes ! C’est somptueux… Moi aussi, j’veux faire une rando aux Monts Wudang.

Le réalisateur Taïwanais nous présente une histoire paisible dominée par une tueuse beaucoup plus peace & love que tout ceux et celles qu’elle croise. La violence, elle n’en est pas la source – elle ne fait qu’obéir – elle la désamorce continuellement. Sur le canevas usuel d’une mission crève-coeur pour un tueur pro (tuer un bébé, une femme, ici un cousin apprécié) HHH fuit tout pathos, décrit les faits – observe les faits – sans chercher l’immersion ni même l’empathie. C’est du vrai ciné de vieux qui s’assume. Ses détracteurs diront qu’il l’était déjà avant, certes ^^
Il observe de loin. Sur IMDb je lis qu’il voulait faire un film en costume une fois suffisamment âgé. Ayé.

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En terminant son film par un chouette bagad breton auquel a participé un percussionniste sénégalais (!), HHH affiche l’universalité de son propos. Il ne souhaite pas, comme un Zhang Yimou, exporter la Chine comme on vanterait un parfum. Fut-il un port célèbre. Il prend son temps, s’attarde sur la superbe nature, s’autorise quelques rares gros plans sur un visage, celui de sa muse Shu Qi, et tâcle les flashbacks pénibles aperçus ailleurs – Tigre & dragon 2 et Memories of the Sword, au hasard – en filmant un long plan moyen fixe lors duquel l’un des protagoniste parle de son enfance à une concubine. Pas de brusque voyage dans le temps cassant la narration, non, juste un type qui parle d’un vieux souvenir, voilà. Ca peut paraître chiant, ça ne l’est pas puisque cette lenteur, souhaitée, en devient surprenante, rafraîchissante. En ressort son besoin, à cet homme, de raconter ce souvenir, ce questionnement quant à la réception de son histoire par cette femme – elle s’en cogne ? n’est-ce qu’un monologue ?- mais nullement d’aparté. Ca coule tout seul, depuis le plan précédent jusqu’au suivant.

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La fin présente une belle option toute simple à laquelle les cinéphiles ne sont pas habitués, à savoir une sorte de happy end qui relèverait presque du twist dans le genre. L’on peut y voir un conseil avisé aux tueurs dans l’air du temps – les femmes de l’E.I -, jadis de gentilles demoiselles, polluées depuis par un donneur d’ordre malade à qui ses parents l’aurait confié un beau jour pour des raisons… économiques ? « Envoie-les tous bouler et taille ta route ! » dit Hou Hsiao-Hsien à chacun d’eux. « Et écoute du bagad breton, c’est trop cool ». Ce discours pacifiste fait écho, mine de rien, à celui du Mad Max Fury Road de Georges Miller. HHH approche les 70 ans.

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