Gojoe (Sogo Ishii, Japon, 2000)

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Japon, XIIe siècle. Après de sanglantes guerres civiles, la ville de Kyoto est sous contrôle du clan Heike. Pourtant, cette victoire reste inachevée car le pont de Gojoe aux abords de la ville est gardé par un monstre insaisissable qui trucide les soldats Heike par milliers. Un moine-guerrier muni d’une épée religieuse décide alors d’aller le défier.

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Le scénario ainsi que son traitement occultent complètement la dimension épique qu’aurait pu revêtir le film. Les deux boucheries de masse notables du film ont des enjeux identiques et la répétition des scènes nous laisse l’arrière goût étrange d’avoir assisté à une redondance inutile. Le plus frustrant reste que le personnage principal ne combat réellement qu’à la toute fin du film, les massacres précédents étant orchestrés par un démon antipathique contre une horde pour laquelle l’indifférence du spectateur prédomine. Dès lors le divertissement n’est pas primaire et le film s’engage sur la voix de l’expérimental – c’est le propos – ce qui est toujours plaisant mais moins facile d’accès que ne l’est le chambara classique. Pour mieux souligner le côté intemporel d’une histoire avant tout fantastique, la BO mélange des percussions de type The Blade à de la techno qui booste bien le trip avec des infra basses, des simulacres de percussions relayant intelligemment les classiques tambours. Bien vu, même si cela laisse de côté l’héroïsme de notre super-moine au profit d’une distanciation due à la magie et des enjeux dépassant le simple mortel. Dominent une ambiance réussie, la somptueuse scène d’affrontement magique dans la forêt, une approche stylistique en effet comparable à celle du chef d’oeuvre barbare de Tsui Hark, ainsi qu’un duel final particulièrement excitant. Sa conclusion prend corps dans le bref dernier plan du film, visuellement proche de celui de l’anime Akira et accompagné de quelques riffs de guitare semblables à ceux d’un des plus beau morceau des Doors. The End !

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The Strangers (Hong-jin Na, Corée du Sud, 2015)

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La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi , un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel.

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… en référence au morceau Killing an Arab des Cure, qui lui-même fut inspiré de L’étranger de Camus. Ca me semble coller à ce film tout autant chargé en sens. Malgré tout, le calibrage est décelable. A savoir que oui j’ai passé un très bon moment, que le réalisateur a su jouer avec mes attentes, que le ride fut plaisant et, somme toute, intelligent et même sacrément bien filmé. Sauf que si je souscris aux nombreuses qualités de l’œuvre, je ne peux que constater que jamais je n’ai eu vraiment peur, que l’ambiance n’est pas vraiment posée ni noire, et que mes attentes ci-dessus sont celles d’un cinéphile habitué à certains codes comportementaux, à des poncifs etc. Mon a priori moral, lui, ne fut pas vraiment impacté parce que je trouve ce film davantage roublard que vraiment philosophe, penseur. On nous montre des choses et pas d’autres, la narration est aussi (sciemment) confuse que soignée. On se fait secouer comme chez un Lars Von Trier, avec à la fois cette même complicité masochiste et cet arrière-goût de malhonnêteté intellectuelle sur la forme. C’est de plus un peu long, et j’ai cru repérer la même trame que celle de The Chaser, du début à la toute fin, aussi désespérée qu’identique. Le tout sur une première vision : l’œuvre en mérite, j’imagine, une seconde. Une autre de ses qualités : m’avoir donné envie de revoir le chouette Gojoe d’Ishii.

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Dernier train pour Busan (Sang-ho Yeon, Corée du Sud, 2016)

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Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité…

Busan, mais c’est bien sûr !

On tient là le grand retour du film de zomblards de gauche ! Ca commençait à manquer dans ce paysage un poil trop survivaliste. Du coup, je vois enfin là un successeur à Georges Romero. Merci, mec ! Avec en bonus un clin d’oeil au final de sa Nuit des MV aussi subtil qu’excellemment conclusif, je suis comblé. Sur la forme, on devient sévère je trouve, exigeants. C’est bien foutu, certes, mais avouons qu’après World War Z (un bon film catastrophe en director’s cut pour ma part) et même après l’exceptionnelle bataille avec les zombis dans la saison 5 de Game of Thrones – une série tv ! – on peine à savoir si l’on tient là un blockbuster ou une série B. La barre a récemment été placée très haut rayon CGI ; là, parfois, ça pique. Une horde de mecs déguisés en zomblards allongés sur un matelas à peine caché accroché à la queue d’un train avé des fausses jambes en mousse qui pendent derrière, ça se voit. Et ça reste coréen : l’usuel pathos lourdingue est pénible et freinera la revoyure. Cela étant, ces scories ne doivent pas gâcher la fête : le spectacle est très plaisant, futé, et la morale, superbe, sur l’individualisme, m’a paru finalement presque plus claire et pertinente que le discours écolo/lutte des classes du Transperceneige, impossible à passer sous rails. Si l’on rajoute le bateau de Sea Fog, notons que les coréens aiment les moyens de transport-métaphores en ce moment !

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Préférez-vous survivre en compagnie d’une bande de grosses buses ou mourir et rejoindre des gens sympas ? « People make the place », le réalisateur qui passe aux lives après plusieurs animes – on attend son Seoul Station également zombifié avec impatience ! – répond sans équivoque et s’en va rejoindre la horde des morts. Il semble nous dire qu’il faut pourrir afin que notre corps participe au développement durable, mourir pour que nos enfants respirent, aider son prochain en toute circonstance puisque, de toute façon, tout le monde va y passer. On reste dans l’air du temps, on continue de causer générations futures et sacrifice, comme dans Interstellar etc. Du ciné fun et intelligent pour un voyage aussi mouvementé que futé.

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Donnie dans l’espace

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D’aucuns voient un hoax dans la présence de Donnie Yen dans le trailer du prochain Star Wars : Rogue One, en cela qu’ils affirment que JAMAIS Dark Vador n’aurait pu décemment survivre à la célèbre force de frappe chinoise. L’argument se tient. Par delà cette évidence, on espère que, contrairement à l’indonésien Iko Uwais dans Le réveil de la farce, il ne fera pas que de la figuration et donnera un peu plus de trois coups de bâton au côté obscur.

Triple Tap (Derek Yee, HK, 2010)

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Un champion de tir se retrouve au cœur d’un braquage et décide d’intervenir pour sauver un policier. Il tue quatre braqueurs, laissant le dernier s’échapper. Une enquête est ouverte, et confiée à un flic ayant côtoyé ce champion lors d’une compétition de tir. La rivalité entre les deux tireurs va devenir explosive…

Clap your hands !

J’ai mis du temps à le voir pour plusieurs raisons. Une bande-annonce d’énième actioner, un Derek Yee qui m’avait désappointé après son remarquable Une nuit à Mongkok, et surtout ce titre, Triple Tap, qui faisait alors beaucoup trop écho à sa préquelle, le bon mais glauque Double Tap qui précéda un peu trop bien la mort dramatique de l’acteur Leslie Cheung.

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Reste que découvrir ce film après une série de déceptions – Double Lam de fond ! –  lui donne un sacré cachet. Un casting aux petits oignons, une bonne mise en scène pour la viande, quelques scènes d’action tendues pour épicer, dynamiser ; et un scénario en guise de sauce cimentant le tout – y’a un peu de Colombo, non ? – font de Trip Tap – oublions le catastrophique titre « Shooters » – un thriller franchement très recommandable, à peine tiré vers le bas par un flashback explicatif pénible sur un tronçon un peu longuet sur la fin. Comme cette phrase. In fine, la morale est bien vue, le duel final tout autant et Li Binging également.

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Detective Dee – Le mystère de la flamme fantôme (Tsui Hark, HK, 2010)

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Au temps de la dynastie Tang, une série de morts par combustion inquiète l’impératrice Wu, qui décide de faire appel à celui qu’elle emprisonna 8 ans auparavant, afin d’enquêter.

Come on, baby, relight my fire !

Rétrocession oblige, le sous-texte est là encore plus riche et précieux qu’auparavant. Au sein de ses divertissements, Tsui Hark a toujours glissé quelques réflexions, messages et philosophies. Qu’on se souvienne de Green Snake et de son pamphlet rageur contre l’endoctrinement religieux, de son Syndicat du crime 3 où l’uniforme y était montré comme ennemi premier de l’humain, ou encore de Swordsman 2, qu’il ne réalisa pas officiellement, et de sa folle déclaration d’amour, déjà, avant The Blade, au champs de l’emprise. Ou quand l’amour, justement, régit les hiérarchies, les décisions, les actes. Dans Dee – et Tsui Hark en est-il un, de dandy ? – il en raconte, des choses, et croyez-moi ça fait un bien fou après la vague de chinoiseries anti-fun qu’on nous balance en masse, un terme péjoratif que ce « chinoiseries », qui revient de mode, la très grande faute en revenant à la Chine elle-même. Je viens de voir Ip Man 2 et reste encore groggy par tant de bêtise. Les arts martiaux, ainsi que la Chine, n’en méritaient pas tant.

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Avec Detective Dee on ouvre la fenêtre comme on écoute le discours d’un politicien ou d’un penseur que l’on apprécie : la bouffé d’air frais requinque son homme. En prison, Dee est contraint de brûler des livres. Ce sont les maux de la Chine qui y sont décrits, détruits, et à cette dernière de ne conserver que les œuvres qui abondent dans son sens puisque, après tout, tout va bien. Comment ? Non ? Que l’on brûle celui qui ose affirmer le contraire ! Hop, ça, c’est fait, glissé dans le scénario. La Chine, d’ailleurs, parlons-en de cette femme puisqu’elle est définie comme telle. C’est LA Chine, China, aussi quoi de mieux qu’une femme pour l’incarner ? Quoi de mieux qu’une période pendant laquelle une femme gouverna pour mieux imager le propos ? Quand à la fin Dee se prosterne devant elle, il ne fait pas montre du jusqu’au-boutisme absurde du personnage de Jet Li dans le film de mouton – sheep’s movie ? cheap’s movie ? – Hero de Zhang Yimou. A cet instant, c’est Tsui Hark qui parle, tout comme d’ailleurs un Oliver Stone parlerait de l’Amérique ou un Mathieu Kassovitz de la France : il l’aime son pays, mais certainement pas aveuglément. Depuis sa pose pseudo soumise, le sage parle, prodigue un humble conseil, un modeste souhait. Il prône ainsi la communication. Les solutions ne se trouvent pas toutes dans le sang, dans la trahison. On peut gouverner et même conserver le pouvoir, parce que c’est de cela qu’il s’agit, par d’autres moyens.

Je finis sur un ton plus léger : de revoir ce même lien entre la reine et sa régente qui unissait déjà Asia l’invincible à sa maîtresse dans Swordsman 2 ajoute un certain piment à l’ensemble. Le champs de l’emprise domine toujours ! Ô joie que procure ce grand retour de Sifu !

Top 10 Gunfight – « Shoot, don’t talk ! »

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Le prochain polar de Johnnie To dans le collimateur, Three, appelle une nostalgie qui elle même suggère un Top 10 Gunfight HK tout subjectif. 10 seulement ? C’est clairement impossible, Docteur ! Façonnons tout de même un semblant de proposition fraîche en cela qu’elle suggère parfois de l’inédit dans l’Hexagone en contournant les incontournables tout en les citant. Point facile ! Je place ces scènes à niveau égal, selon les jours, les envies, les besoins. J’ai un peu l’impression de faire du vieux avec du vieux, c’est vrai, voire même d’être resté perché au dernier étage d’un immeuble de Kowloon, mais en l’absence de relève…

1 – Hard Boiled (John Woo, 1992)

Soyons clairs, pour être juste sur ce top 10, la moitié des films cités devraient normalement être de John Woo. Sa meilleure scène de shoot ? Je change d’avis fréquemment. Aujourd’hui c’est le plan séquence culte de Hard boiled – pour rappel sa réponse au Die Hard de McTiernan -, demain ce sera la scène d’appartement de The Killer, après-demain le final d’ABT2, après-après demain retour aux sources avec la scène des pots de fleur d’ABT1, puis re-Hard Boiled avec le défouraillage dans l’entrepôt, puis, pourquoi pas, l’excellent final de Just Heroes, ou alors non : le massacre dans le resto d’A toute épreuve, ou encore…

2 – The Suspect (Ringo lam, 1998)

Rayon Ringo, un Full Alert serait pour beaucoup plus avenant. Voire même un Full Contact, dont l’une des images iconiques introduit ce top dans lequel il ne figure même pas ! Pourtant, l’une de ses scènes de flingage anticipe clairement le bullet time de Matrix. C’est d’autant discutable que ce Suspect ne se passe même pas à HK, mais aux Philippines. Oui, mais non. Je le kiffe, ce Ringo Lam « mineur » – tout est relatif -, réponse HK au très sympa Wanted, recherché mort ou vif US de David Hogan. Les Philippines donnent une texture étrangement rital au film, le réalisateur de City on Fire semble parfois peiner à retrouver son sens du cadre, si loin de chez lui, et le score est l’un des pires bontempi entendus sur un film HK – c’est dire. Pourtant l’action est dingue, cette chasse à l’homme s’avère haletante du début à la fin et tout le long climax terminal dépote à tout va. Et je découvrais alors Louis Koo, avec en face un usuel Simon Yam en mode bad guy cool qui nous rappelle son rôle « vestimentaire » d’Une balle dans la tête.

3 – Fallen Angels (WKW, 1995)

J’aime taquiner son cinéma, à WKW, dire que le A Moment of Romance de Benny Chan est meilleur que As Tears Go By, et affirmer également que le plus beau baiser sauvage made in HK se trouve dans le Full Contact de Ringo Lam et nulle part ailleurs. Ce qui n’empêche en rien la fascination que j’éprouve pour ses métrages, en particulier pour celui-ci. Ses beaux habitants des villes figurent toutes et tous des prostituées, des gigolos. Leon Lai ressemble ici à l’un de ces nombreux gitons glanés aux coins des rues, qui s’en serait devenu un tueur professionnel – un acteur ? – pour échapper à sa condition. Deux ou trois fois dans le film il s’en va flinguer des gens au son de ce morceau dont le refrain « Cause I’m cool », m’a longtemps hanté la caboche.

 4 – Final Option (Gordon Chan, 1994)

Le film de SDU est une spécialité de là-bas. C’est un peu comme si, en France, on proposait plusieurs films d’action sur le GIGN. J’en ai vu plusieurs de sympas – le Hit Team de Dante Lam n’est pas loin, contrairement à un odieux Firestorm -, celui-là reste évident. Construit sur le canevas apprentissage militariste puis mise en situation à la Top Gun, la démonstration de force continue d’épater. Je n’ai pas su mettre en ligne une version cantonaise, désolé (enfin, si, j’ai compris le truc, mais j’ai la flemme de recommencer depuis le début). L’occasion est bonne de montrer qu’une VF peut flinguer un film bien comme il faut ! j’en profite pour signaler que l’allemand Dominic Graf a réalisé un très bon film dans le genre, que je conseille : Les invincibles (1994).

5 – A War Named Desire (Alan Mak, 2000)

J’aurais bien aimé mettre un extrait de Big Bullet (Benny Chan, 1996), au coude à coude avec celui-ci, mais la Warner veille au grain. Leurs deux scènes phares se rejoignent : story board évident, chorégraphie au poil, personnages nombreux et impliqués, présence de la foule comme élément de relief – constante HK – configuration géographique ample et merdique… Les films sont « juste » de très bonnes séries B, mais leurs deux maousses scènes d’action restent franchement impeccables. Dans les deux : remarquons la présence de Francis Ng. Notons dans celle d’A war (…) une variante musicale « doigt d’auteur dans le fondement » du Clubbed to Death entendue dans Matrix un an plus tôt. Dans Big Bullet, on y voit bien – pas là, donc –  Yu-Rong Guang manier le M16, ce qu’il refait très bien dans le Rock’n Roll Cop de Kirk Wong ainsi que dans Man Wanted, un autre très bon Benny Chan (cf. dans « Le retour du Roy », plus bas). En parlant de M16, on ne peut occulter l’AK47 et son actualité meurtrière en France, bien loin de l’oisiveté irresponsable d’un tel dossier geek. Étrangement, c’est à HK que la fiction s’est emparé du trauma lié aux dégâts de cette arme, dans A Day Without Policemen, un Cat III gratiné dont les nombreux défauts servent une ambiance malsaine à souhaits. Mission réussie et trauma pleinement partagé via le jeu impliqué de Simon Yam.

6 – Time & Tide (Tsui Hark, 2000)

Tsui Hark et les flingues, ça n’était pas son truc avant T&T. Le final de L’enfer des armes était plus gore que dansant, les quelques flingues aperçus dans les OUATIC ne servaient que de faire valoir aux arts martiaux, et ses tentatives sur le terrain de John Woo dans ABT3 faisaient pitié – nonobstant l’exceptionnelle qualité du film. Et arrive T&T. Blam ! Chaos, champs de l’emprise, 3 dimensions avant l’heure, bordel ambiant : Tsui Hark fusionne enfin son ADN sur une scène d’action dantesque qui elle aussi fait date. Johnnie To le copiera à son tour dans le très fun Fulltime Killer ; le récent coréen No Tears For The Dead a également bien appris la leçon le temps d’un massacre en appartement équivoque. Sony veillant sur ses droits, n’en voici qu’une simple bande-annonce.

7 – The Mi… A Hero never Dies (Johnnie To, 1998)

Après avoir réalisé à peu près tout et n’importe quoi, c’est avec The Mission que Johnnie To s’est imposé à l’international dans le domaine du polar. Sa marque de fabrique est depuis devenue fond de commerce – la bande-annonce du prochain Three en atteste. Il savait déjà y faire dans le domaine du cartonnage urbain, via le très sec The Big Heat par exemple, mais c’est sur cette histoire épurée basée sur l’attente et le statisme des échanges de coups de feu qu’il a réussi à renouveler une chorégraphie souvent trop répétitive. S’il passe après le japonais Kitano et le remarqué Sonatine, il optimise alors le gunfight dit « en chiens de faïence » qui, qui… rhaaaa ! Je ne peux pas, désolé. Tout ceci est parfaitement exact, mais je continue de kiffer à mort ce massacre dans A Hero never Dies. Son un chouillat décalé, sorry, mais ça le fait quand même. Bonus : la scène d’hosto de The Big Heat, toujours inédit en dvd.

8 – Rock’n Roll Cop (Kirk Wong, 1994)

Si ce chef d’oeuvre reste lui aussi inédit chez nous, Crime Story et OCTB, tous deux également de Kirk Wong, sont trouvables en DVD. Ils sont dotés chacun d’une bonne scènes de gunfight : dans  l’intro sur le premier, dans le final sur le second. Dans Rock’n Roll Cop, point de longue scène mémorable puisque le film entier en est une, émaillée de passages aussi intenses que courts. Il incarne à la perfection l’hystérique électrique propre aux polars HK. Ca charcute par ici, ça court par là, ça bifurque sans prévenir et ça flingue ensuite de façon assez démentielle… Ce passage me parait une bonne synthèse de ce film où le spectateur recherche l’accalmie pour respirer un peu – on le termine sur les rotules. La chorégraphie aurait été source de nanar ailleurs, pas chez Kirk Wong. Respect. J’aurais bien aimé causer Long Arm of The Law, qui n’est pas de lui mais reste à la naissance de son cinéma, cependant les ayants droits veillent beaucoup trop. Dommage.

9 – Beyond Hypothermia (Patrick Leung, 1996)

Le Nikita de Besson a traumatisé HK en son temps. Plusieurs films ont suivi – Black Cat et hordes Girls with Guns movies – mais celui qui lui aura fait le plus la nique reste ce formidable Beyond Hypothermia, sorte de remake beaucoup plus désespéré et d’une violence toujours aussi impressionnante. Le gunfight final fait office de leçon sur tous les plans : chorégraphie, cadrage, rythme et impact émotionnel. Toujours inédit chez nous, once again.

10 – Angel III (Stanley Tong, 1989)

Eh eh ! Je n’ai jamais vu ce film, et ne le verrai sans doute jamais. Créé par le réalisateur attitré de Jackie Chan, il dispose d’une scène de malade souvent partagée entre aficionados. Spéciale dédicace à Alex Fong en Jetpack ! Du culte nanardesque, mais du culte quand même, très généreux, donc il a sa place ici.

Conclusion Bonus Track : Le retour du Roy !

Pour conclure ce top tout personnel – libre à vous de corriger le « tir » – je remets là mon p’tit montage-hommage gunfight HK perso, avec Roy Cheung vs à peu près tout le monde. J’en avais bavé donc hop, le retour de la vengeance. Ensuite, on la boucle et on flingue.

Three, le prochain polar de Johnnie To

Pensée à l’arrache, titre à l’arrache, billet à l’arrache… la chronophagie éparse disperse ! Juste : le prochain Johnnie To, Three, me fait sacrément peur. Le microcosme d’aficionados du ciné HK, qui se réduit comme peau de chagrin, espère à la vue de ce teaser, moi pas. Redite de The Mission, d’un passage de Exiled, posture calibrée, formule appliquée, citation du John Woo de Hard Boiled, musique classique qui fleure l’inutile quête de respectabilité… Je pense aussi aux Outrages élevés en batterie côté Kitano. Je ne le sens pas, je ne le sens pas, je ne le sens pas !… me trompe-je ? A priori, le coeur n’y est pas. Peut-être est-ce juste du mien qu’il s’agit ? Retrouver cette « famille », au pire en pilotage automatique, ne devrait pas être déplaisant, après tout. Mmmm…

Tokyo Killers (Jiro Taniguchi, Natsuo Sekikawa, japon, 1986)

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On y suit le parcours de deux tueurs à gages : « Lui », réputé infaillible, est recherché par ses nombreux ennemis. Les femmes se succèdent dans son lit, mais ses pensées vont toujours vers la même qu’il ne parvient à oublier. « Elle » est aussi une tueuse, très douée également. Par le passé, il lui a appris à tirer avec une arme à feu. Chacun voyage d’un pays à l’autre, parfois en fuite, parfois afin de remplir un contrat. Puis, un jour, « Elle » est chargée de le tuer « Lui »…

Parfum de polar

Jusqu’alors, j’étais « L’homme qui mâche » le seul Taniguchîîî que j’ai jamais lu, à savoir donc L’homme qui marche pour aller dégobiller dans le caniveau. Plus jeune, Taniguchi fricota pourtant avec le genre – le caniveau – à l’aide de son comparse scénariste Natsuo Sekikawa.

Après avoir feuilleté leur Tokyo Killers au magasin, je me le suis pécho direct. Le soir, chez moi, j’ai commencé à le lire. J’ai capté le délire, ai baissé la lumière, mis le CD de Blade Runner dans la chaîne et suis retourné dans mon canap’ pour plonger dans cet univers de polar noir aussi parfait que 80’s, aussi ciselé que putassier, aussi glacé que réconfortant. Le spleen d’un homme usé, le nez dans le whisky, une prostituée à ses pieds dans un Port au parfum fantasmé. Ces nouvelles, sortes de haikus qui synthétisent bien une certaine ambiance typique, auraient pu apparaître dans un magazine macho de type Lui et consorts sans que ça choque le moins du monde. Je m’en vais attaquer leur Trouble is my Business asap, une « bêtise » de jeunesse qui me tente bien davantage que beaucoup des œuvres postérieures et pseudo-respectables du célèbre mangaka.

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« Pute qui fait caca », Jiro Taniguchi, 1986.

 

La samouraï bambou (Taiyou Matsumoto, Issei Eifuku, Japon, 2006

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Soîchirô, samouraï sans maître, passe ses journées paisiblement, à flâner, à discuter avec les enfants. Jusqu’au jour où des hommes lui cherchent querelle et où il dégaine son sabre et les châtie facilement… Pour s’éviter la tentation de le dégainer, Soîchirô décide de ne plus porter à sa ceinture qu’un sabre de bambou.

Il tient le bon bout !

On retrouve tous les thèmes de Matsumoto (enfance, naïveté, bienveillance, marginalité…) rattachés à une structure de chambara classique, mais redoutable. Les petits riens tournoient et flottent autour de bassesses humaines abordées telle les composantes impondérables de notre espèce. Avec acceptation d’un auteur qui comprend davantage qu’il pardonne, qui dépasse même la notion de manichéisme en nous regardant gentiment de là-haut, depuis ses nuages à peine japonais qu’il aime tant observer lui-même. De formidables yokais qui s’invitent discrètement, mais régulièrement à la fête, les codes d’un genre non snobés – ça charcle ! -, une puissante poésie rémanente, une narration sans faille – le scénariste Eifuku a-t-il cadré le rêveur ? – et un art du dessin qui confine au génie – proche des dernières noirceurs d’un Manu Larcenet –  : ce Samouraï bambou a décidemment tout du manga de sabre jap’ ultime.